Résumé du « socle programmatique 2027 »
Par Pierre Calame le vendredi 3 avril 2026, 16:12 - Lien permanent
Il est impératif de jeter les bases d’un système de pensée et d’un système institutionnel prenant en considération la réalité de notre monde et des défis qu’il doit impérativement relever. Les éléments de programme présentés privilégient deux questions : - concilier les impératifs sociaux et écologiques ; - penser de façon cohérente la gouvernance à différentes échelles, celle des territoires, celle de la nation, celle de l’Europe et celle du monde.
Pierre Calame, avril 2026
L’enjeu central : renouveler nos systèmes de pensée et nos systèmes institutionnels
La pauvreté des programmes politiques actuels, principale cause de la défiance des citoyens à l‘égard de la politique, découle du fait que nous vivons un véritable changement d’ère, avec les menaces sur l’intégrité de la biosphère, la mondialisation irréversible des interdépendances, les bouleversements technologiques dont l’Intelligence artificielle est la plus récente expression, mais que nos systèmes de pensée et nos systèmes institutionnels évoluent très lentement et restent l’héritage des siècles passés, répondant à des défis qui ne sont plus les nôtres. Il est donc impératif de jeter les bases d’un système de pensée et d’un système institutionnel prenant en considération la réalité de notre monde et des défis qu’il doit impérativement relever. Les éléments de programme présentés privilégient deux questions : - concilier les impératifs sociaux et écologiques ; - penser de façon cohérente la gouvernance à différentes échelles, celle des territoires, celle de la nation, celle de l’Europe et celle du monde.
La nécessité de concilier les impératifs sociaux et écologiques n’est pas nouvelle : c’est l’essence de ce que l’on appelait autrefois l’oeconomie : l’art d’assurer le bien être de tous les membres de la communauté tout en respectant les limites de notre environnement. Le divorce entre les deux préoccupations est le résultat de la « Première modernité » et de la Révolution industrielle qui nous ont fait croire à des ressources naturelles infinies. Le « changement d’ère » auquel nous sommes conviés peut se définir comme l’invention aujourd’hui de la « Seconde modernité » qui, par opposition à la première, sera centrée sur le développement et l’entretien des relations, entre les personnes, entre les enjeux, entre les sociétés, entre l’humanité et la biosphère.
L’impératif social comporte trois aspects: la justice sociale -notamment pour la jouissance de ressources naturelles rares- ; le lien social, qui est au cœur du bonheur individuel et collectif mais est le grand absent de nos politiques et de notre économie ; le contrat social fondé sur la reconnaissance qu’en contrepartie de nos droits individuels nous avons des responsabilités à assumer à l’égard de l’humanité et de la biosphère, chacun en proportion de son savoir et de son pouvoir.
L’impératif écologique, fondé sur la conscience de l’humanité de faire partie intégrante d’une vaste, complexe et fragile biosphère est de la sauvegarder, condition de notre avenir.
2. Le compte carbone, symbole et levier du respects simultané des exigences sociales et écologiques
La lutte actuelle contre le dérèglement climatique reflète l’impasse de nos politiques : son ambition depuis quarante ans a été insuffisante, les engagements pris n’ont jamais été tenus et les mesures adoptées sont contraires à la justice sociale, pesant préférentiellement sur les plus pauvres. Cette impasse résulte d’une erreur de raisonnement découlant de nos œillères doctrinales : l’énergie fossile a été traitée comme un bien de marché ordinaire ce qui est faux : dès lors que nous devons réduire chaque année le volume des émissions de GES pour préserver le climat, on n’échappe pas à un rationnement et à une règle de partage entre tous des émissions permises. Ces émissions sont celles qui résultent de notre mode de vie, qu’elles aient été émises sur le sol national ou qu’elles soient le résultat des biens et services importés. Il en découle les cinq critères à respecter par la politique de lutte contre le dérèglement climatique. : prendre en compte la totalité de l’empreinte écologique ; s’imposer une obligation annuelle de réduction de cette empreinte ; respecter l’exigence de justice sociale (ce qui implique une répartition égale entre tous des autorisations d’émission) ; avoir un effet d’entraînement de tous les acteurs ; satisfaire au principe de moindre contrainte (pour donner la plus grande liberté de choix aux citoyens en lieu et place de l’addiction normative actuelle). Le Plan vert européen et la stratégie française ne respectent aucun des cinq. La répartition entre tous de quotas égaux d’émission se réduisant d’année en année et la possibilité pour les plus sobres de vendre leur éventuel surplus, est le meilleur moyen de satisfaire à ces critères.
3. Le territoire acteur pivot de la Seconde modernité
Dès lors que la Seconde modernité repose sur le développement et la gestion des relations de tous ordres, entre les personnes, entre les acteurs publics et privés, entre l’humanité et la biosphère, elle doit s’appuyer sur des acteurs et des institutions capables d’organiser toutes ces relations. Le territoire a de ce point de vue un avantage comparatif incroyable. Toutes les questions qui semblent philosophiques au niveau national sont, à l’échelle d’un bassin de vie, des questions très concrètes pouvant faire l’objet d’une réflexion collective citoyenne parce qu’elles sont immédiatement tangibles. C’est également vrai pour le renouveau de la démocratie : penser « à partir du local » ce n’est pas « penser petit » c’est penser le monde à travers ses manifestations concrètes !
La reconnaissance du rôle éminent des territoires implique en France une nouvelle étape, décisive, de décentralisation actant trois ruptures : une nouvelle conception du pouvoir ; l’inauguration d’une « seconde modernité » où la gestion des relations est devenue centrale ; la nécessité de faire coopérer les différents échelons de la gouvernance à la production du bien commun.
4. La refondation de la démocratie: l’organisation d’États généraux de la société française
Le passage de la première à la seconde modernité, ne se décrète pas, ne s’impose pas par un mouvement descendant, des « sachants » vers les « ignorants ». Il doit se vivre, se penser collectivement en faisant en sorte que les citoyens, invités à repenser en profondeur les politiques publiques, pratiquant entre eux cette mise en relation qui caractérise la nouvelle ère, puissent s’affranchir des modes de pensée hérités du passé et s’autorisent à penser l’avenir en se nourrissant d’apports multiples. Dans l’optique du changement de conception du pouvoir, le « quoi », le programme politique, est remplacé par le « comment », la manière de l’inventer en commun, en redonnant toute sa noblesse au lien social.
Le « comment », c’est l’organisation d’États généraux, « mettant la société au travail », en mobilisant les intelligences et les expériences dans une démarche fondamentalement transpartisane associant toutes les couches et tous les âges de la société. Un usage citoyen de l’intelligence artificielle permettra aux citoyens de disposer sur tous les sujets de synthèses des données de base, des expériences, des exemples étrangers et des propositions. Les Etats généraux seront organisés en deux étapes, une étape territoriale puis une étape nationale, portant sur les grandes politiques choisies par les citoyens eux-mêmes.
5 Refaire de la construction européenne une épopée
C’est bien en s’engageant dans un changement d’ère que la construction européenne peut redevenir une épopée. Outre le compte carbone et le renouvellement de la pensée économique, le rôle central des territoires et la gouvernance à multi-niveaux cette nouvelle ère de l’Europe impliquerait trois dimensions complémentaires : l’adoption d’ une Charte européenne des responsabilités humaines qui fonde le renouvellement du contrat social ; le renforcement du sentiment d’appartenance des Européens en organisant, dans le même esprit que les États généraux en France une Assemblée instituante européenne car à ce jour ni un marché unique ni des institutions communes ni même une monnaie commune n’ont fait émerger la conscience de former un peuple européen ; la contribution active de l’Europe au dialogue entre les sociétés et à l’invention d’une gouvernance mondiale légitime et efficace.
6. contribuer à la construction d’un monde responsable et solidaire
Les interdépendances planétaires sont irréversibles. Les replis souverainistes une pure illusion. Nous devons impérativement construire un monde responsable et solidaire pour déboucher sur une gouvernance mondiale efficace à multi-niveaux et un droit mondial de la responsabilité. Le dialogue inter-étatique n’y parviendra pas. Qui peut alors le faire ? L’Union européenne, en raison même de la manière dont elle s’est construite, est la mieux placée pour en prendre l’initiative. Nous en connaissons l’agenda. Il comporte quatre volets : l’adhésion à des valeurs communes, en l’occurrence la responsabilité ; un autre modèle économique, conciliant bien être de tous et préservation de la biosphère; une autre gouvernance dont nous avons déjà défini les contours ; de nouvelles modalités de dialogue entre les sociétés. Pour financer ce nouveau dialogue, il faudrait promouvoir une autre philanthropie au service des défis actuels de l’humanité. Le soft power européen s’en trouverait considérablement renforcé.