Osons les territoires: la boussole de la seconde modernité
Par Pierre Calame le jeudi 10 septembre 2026, 16:43 - Lien permanent
Les élections présidentielles en France, la faiblesse des programmes des partis, la crise de la démocratie révélée tant par l’abstention massive aux élections présidentielles que par le score du Rassemblement national, les mises en garde renouvelées du GIEC sur l’urgence d’agir sont autant de révélateurs d’une crise multiforme très profonde. Albert Einstein faisait observer que nous ne pouvons pas résoudre nos problèmes avec la même pensée que nous avons utilisée lorsque nous les avons créés. C’est bien la question.
Notre crise est celle de la modernité, inventée il y a plusieurs siècles. Sa réussite a structuré notre monde. C’est aujourd’hui tout le système de pensée et tout le système institutionnel que nous avons hérité d’elle, sur l’économie, l’État, le droit, les relations entre les sociétés, qu’il faut revisiter.
Les élections présidentielles en France, la faiblesse des programmes des partis, la crise de la démocratie révélée tant par l’abstention massive aux élections présidentielles que par le score du Rassemblement national, les mises en garde renouvelées du GIEC sur l’urgence d’agir sont autant de révélateurs d’une crise multiforme très profonde. Or, à laisser sans réponse les grands défis de notre temps, faute de l’imagination, du courage et de la détermination nécessaires pour concevoir et conduire la transition vers des sociétés socialement et écologiquement durables, nos dirigeants politiques font douter la société de la capacité des démocraties à relever ces défis. Sauver la démocratie, sauver le climat sont les deux faces, inséparables, de la nécessité d’ouvrir des perspectives nouvelles. Albert Einstein faisait observer que nous ne pouvons pas résoudre nos problèmes avec la même pensée que nous avons utilisée lorsque nous les avons créés. C’est bien la question.
Avec la profondeur des fractures de la société, il n’émergera pas de parti unique majoritaire. Des coalitions vont devoir se former. L’urgence est aujourd’hui d’en dégager des grandes lignes. Ce ne sera pas par panachage des programmes avancés par les uns et les autres, aucun n’est à la hauteur des défis qui nous attendent, mais en adoptant une boussole commune qui puisse guider les transformations à venir. Les territoires, bassins de vie, lieux d’enracinement concret de la société, espaces de coopération entre ses différents acteurs, sont appelés à jouer un rôle majeur dans la conduite de la transition de la première à la seconde modernité..
La démocratie est en danger, interpellée sur sa capacité à définir et mettre en œuvre des perspectives à long terme dans un monde en plein bouleversement.
Le climat est en danger. Diviser par cinq notre empreinte écologique ne passera pas, comme chacun l’a compris, par la taxation de l’énergie fossile mais aucune stratégie alternative globale n’est proposée. La priorité accordée au pouvoir d’achat, sans découplage de celui-ci avec la consommation d’énergie fossile, révèle des contradictions radicales.
Le mode d’action de l’État est obsolète. C’est dans les périphéries rurales et outre mer, territoires qui bénéficient le plus massivement des transferts, que le vote en faveur du RN a été le plus massif. Ce n’est pas en mettant mieux l’État à l’écoute du local que l’on y remédiera.
L’unanimité sur l’ampleur de la crise masque les désaccords sur ses causes et a fortiori sur ses remèdes. Certains croient que l’on peut remonter le cours de l’histoire, s’accrocher aux modes de pensée et aux systèmes d’acteurs hérités des siècles précédents. D’autres sont convaincus, comme nous, que la France doit participer à l’invention du monde de demain, innover hardiment pour répondre aux nouveaux défis : c’est eux qui doivent s’unir autour d’une boussole commune.
Notre crise est celle de la modernité, inventée il y a plusieurs siècles. Sa réussite a structuré notre monde. C’est aujourd’hui tout le système de pensée et tout le système institutionnel que nous avons hérité d’elle, sur l’économie, l’État, le droit, les relations entre les sociétés, qu’il faut revisiter.
Cette « première modernité » a cherché l’efficacité opérationnelle dans la séparation. Dès lors, rien d’étonnant à ce que les crises actuelles aient en commun d’être des crises de relations : entre humanité et biosphère avec la nature réduite à une ressource à exploiter ; au sein de la société avec la perte d’une cohésion sociale que les politiques redistributives ne parviennent pas à rétablir ; dans l’éducation, la science et la gouvernance où la spécialisation des disciplines et des politiques fait perdre de vue le caractère systémique des problèmes ; dans les relations entre sociétés, dominées par des rapports de force entre Etats incapables de faire naître une communauté européenne et mondiale de destin ; dans l’économie et la finance avec la disparition de l’équilibre entre droits et responsabilités des acteurs.
La boussole en découle, recréer ou réparer les relations : en soutenant les acteurs les mieux capables d’organiser les relations en leur sein, territoires et filières ; en assumant nos responsabilités vis à vis du climat et de toutes les atteintes à l’intégrité de la biosphère ; en développant la coopération et la cohérence entre niveaux de gouvernance ; en renouvelant en profondeur notre système éducatif et de formation ; en redéfinissant le contrat social ; en mettant la coopération au cœur de la vie économique et des politiques publiques. Cette boussole se traduit en propositions concrètes. Propositions radicales au sens où elles touchent à la racine des problèmes mais propositions parfaitement réalisables. C’est cette démonstration qu’a entrepris le collectif « Osons les territoires ! », auteur du présent Manifeste. Oui, osons les territoires ! Car c’est à l’échelle des bassins de vie que l’on peut construire et mener des stratégies de transition systémique avec l’ensemble des acteurs. Les territoires, bassins de vie, lieux d’enracinement concret de la société, espaces de coopération entre ses différents acteurs, sont appelés à jouer un rôle majeur dans la conduite de la transition. Il faut penser le monde à partir des territoires, pour agir à la fois localement et globalement. Les territoires fourmillent aujourd’hui d’idées et d’initiatives. Ils représentent un potentiel considérable, entravé tant par les limites actuelles de la pensée et de l’action au niveau local que par le plafond de verre que leur opposent aujourd’hui les politiques nationales et européennes. Dans ce Manifeste nous montrons comment dépasser ces limites internes et externes et comment en faire une perspective d’ensemble pour la mandature qui s’ouvre.
Sommaire du Manifeste
1. La France, confrontée à une crise multiforme, traversée par de multiples fractures, n’échappe pas à une recomposition politique profonde et les forces politiques doivent montrer qu’elles sont capables d’entendre cette crise et d’y répondre 2. Les crises actuelles, du système de pensée et du système institutionnel, sont par définition des crises d’une modernité née entre le 16ème et le 18ème siècle, qui a façonné notre monde actuel. Ces crises sont avant tout des crises des relations 3. Le paradoxe des sociétés en mutation : elles ont besoin d’un socle stable, en particulier des acteurs essentiels à son organisation, d’une « idéologie » au sens de Paul Ricoeur, mais cette stabilité devient une menace à leur survie quand le monde a évolué si rapidement que cette idéologie ne répond plus aux défis de demain ; 4. l’idée de transition systémique, corollaire de la crise des relations : dépasser la fragmentation des politiques publiques, offrir de nouveaux repères intellectuels, éthiques et politiques, faire émerger un nouveau système d’acteurs 5. Les « acteurs pivot » de la transition sont les acteurs capables d’articuler les dimensions sociales, écologiques et économiques de nos sociétés. Deux grands acteurs vont émerger au cours du siècle : les terriotires et les filières. 6. Des territoires pour penser localement pour agir localement et globalement. 7. Les territoires actuels, un fourmillement d’initiatives prometteuses mais de nombreux obstacles internes et externes au déploiement de leurs potentialités : « osons les territoires » pour dépasser les obstacles internes et pour briser le plafond de verre qui s’oppose au déploiement de leurs potentialités.// Nos propositions comportent trois volets :
- une boussole capable de mobiliser les énergies et les différentes générations autour d’un projet fédérateur à long terme ;
et, pour traduire concrètement cette vision à un horizon de cinq ans : - les conditions à réunir pour faire des territoires des acteurs pivot de la transition - la réforme des politiques françaises et européennes au service du bien commun